Alix Marie

Virgo Wound

L’œuvre Jesus Wound d’Alix Marie m’a accompagnée à travers divers aménagements domestiques et conditions d’accrochage, de la pâte à fixe au cadre en plastique, jusqu’à mon désir actuel de la faire encadrer et protéger derrière une vitre coûteuse. Elle a été accrochée à l’envers, est tombée des murs, a été rangée dans des dossiers encombrés, a voyagé d’état en état avec moi, au gré de mes déplacements. Cette nature instable se retrouve aussi dans la photographie elle-même. Dans le cadre, des doigts pierreux tirent sur l’ouverture d’un trou dans un torse sculpté gris, révélant une langue rose et charnue. Ou est-ce la langue qui perce la pierre, déchirant la pierre d’un coup humide et musclé ? Ce trou est-il un stigmate, un vagin, ou un anus ? Le cadrage rend la réponse incertaine ; cependant, l’indice se trouve peut-être dans le titre. Peggy Phelan souligne qu’un stigmate est un trou que l’œil ne peut jamais pénétrer, mais ici, une langue s’avance à travers la blessure vers moi, spectatrice, offrant un aperçu luisant de ce qui est normalement caché pour des raisons théologiques. La provocation charnelle d’Alix Marie dans cette œuvre me fait penser à « saint Thomas », alias « Thomas l’incrédule », dans son insistance à passer la main à travers la peau du corps pour vérifier ce qui est « réel ». Pourtant, cet examen produit une créature hybride, à la fois morte et vivante, imaginaire et substantielle, tombant à travers l’appareil photo comme un outil pour saisir. L’usage mixte de l'appareil photo, à la fois instrument de toucher et écran de projection fantasmatique, est une marque de fabrique de la manière dont j’expérimente la pratique d’Alix Marie.

L'expérience de la pratique artistique d’Alix Marie est quelque chose qui m’occupe depuis plus de dix ans, en tant que commissaire d’exposition, amie, et — je m’excuse pour ce blasphème — astrologue également. Ces différents rôles ont créé un scénario dans lequel je ne peux m’empêcher de faire des amplifications astrologiques lorsque Alix et moi discutons de son travail. Les rimes sont tout simplement trop savoureuses pour ne pas les partager. Me voici donc, invoquant l’esprit de la poésie et de Mercure, tous deux allergiques au littéralisme, puisant dans l’ancien réservoir d’images et d’idées qu’est l’astrologie pour explorer quelques dynamiques à l’œuvre dans la pratique d’Alix.

Ce double mouvement, allant de la saisissabilité à l’immatérialité et vice versa, visible dans Jesus Wound, se joue dans le thème astral d’Alix à travers l’accent mis sur l’axe Vierge/Poissons. La Vierge est le sixième signe du zodiaque, régi par Mercure, et est la sœur mutable de la triade Terre. Venant après le signe du Lion, où l’énergie solaire est dirigée vers l’extérieur, la Vierge contracte la conscience et nous pousse à prêter attention à ce qui est spécifique (le micro) par un processus d’élimination et de purification. Il n’est pas surprenant que Georges Bataille ait eu ce signe comme guide stellaire, tant son œuvre nous entraîne à travers les grottes de son imagination dans la quête d’une forme de pureté spirituelle ! Il a fondé la société secrète Acéphale en 1936, dont le symbole était un homme vitruvien décapité avec ses intestins articulés à la place de la tête. Bataille délogeait le cerveau comme centre de gravité intelligente et nous rappelait l’intelligence de notre système digestif et le fonctionnement du corps. À travers la Vierge, une âme s’évertue à définir la subjectivité, à maîtriser l’ordre et la précision ; elle fait une analyse détaillée de la manière dont les corps existent dans le monde et de leur usage relatif.

Pourtant, cette quête d’ordre est sans cesse défaite par son pendant cosmique : les Poissons. Les Poissons sont le douzième et dernier signe du zodiaque et évoquent nos expériences préverbales et préconscientes dans le ventre maternel, ainsi que d’autres expériences de vie où le sens d’un soi/corps séparé se dissout dans un champ plus large (le macro). Les Poissons gouvernent l’imagination et les états de rêverie où la logique se désintègre et où l’image règne en maître. Pensez aux océans scintillants ou à la noyade en mer… Les asiles psychiatriques comme lieux de dissolution et d’effondrement, ainsi que l’expérience plus glamour de l’extase mystique (peut-être pas si différente de la paranoïa-schizoïde, après tout…). Horreur et ravissement se mêlent dans une lueur ambiante et toujours changeante.

Pour quiconque connaît le travail d’Alix Marie, il n’est pas surprenant que la représentation du corps soit un enjeu central de sa pratique. Cette focalisation articule l’obsession de la Vierge pour la corrélation entre le monde intérieur de l’esprit et des sentiments, et le monde extérieur de la forme. Cependant, dans son travail, la représentation du corps est presque toujours confuse, engloutie dans quelque grand torrent de l’imagination collective, comme la performance glissante du genre, ou animant des mythes à travers les failles du temps, ou les schémas archétypaux de nos dynamiques familiales… ou peut-être est-ce les trompettes étouffées des Poissons que j’entends.

Je suis réticente à évoquer l’abject en parlant d’une pratique artistique qui travaille avec le corps, mais l’effondrement des sensations verbales et corporelles dans le passage de la Vierge aux Poissons suit précisément les lignes invisibles d’une réponse abjecte. Dans Pouvoirs de l’horreur, Kristeva utilise l’expérience désorientante de la rencontre avec le cadavre d’un proche pour illustrer le site potentiel d’une réponse abjecte. Une rencontre avec l’abject fait s’effondrer le sens, nous ramenant à quelque chose d’archaïque. Le cadavre ou le phénomène abject active une « répression primale », antérieure à l’établissement de la relation du sujet à ses objets de désir et de représentation, avant même l’établissement de l’opposition conscient/inconscient.

Je rencontre souvent une opération subtile mais efficace de l’abject à travers le va-et-vient entre ordre et désintégration dans le travail d’Alix Marie. Prenez La Femme Fontaine (2017) par exemple. L’installation sculpturale présente des moulages en béton du corps de l’artiste, des fontaines à eau, des bassines en métal, et de grandes radiographies de sculptures classiques de dieux et demi-dieux masculins. Des parties de corps en béton démembrées (moulages de l’artiste elle-même) sont disposées en assemblages étranges, un torse devenant genou devenant pied, des membres jaillissant à des angles inhumains. D’autres parties semblent avoir été jetées comme de simples débris. Un sens de l’ordre, par la définition d’un corps central et cohérent, a été corrodé, ouvrant un espace plus poissonnier pour rencontrer les figures mythiques de Pygmalion, Galatée et Niobé invoquées dans l’œuvre, tout en laissant Mercure, planète gouvernante de la Vierge, brouiller les pistes du public par l’un de ses tours préférés, le double sens — La Femme Fontaine jouant avec l’argot français pour l’éjaculation féminine parmi les tuyaux et l’eau jaillissante de l’installation sculpturale.

La magie de la Vierge est clairement visible dans le sujet et le processus matériel des œuvres d’Alix Flex (2017), Shredded (2018) et Olympians (2019). À travers sa pratique sculpturale, Alix crée des photos charnues de parties de corps excessivement musclées de culturistes, un groupe de pratiquants avec lequel elle ressent une affinité grâce à une dévotion mutuelle à la technique et à l’obsession de la perfection de la forme. Les régimes épuisants des culturistes sont évidents dans les bosses cartoonesques des œuvres ; la quête de la Vierge pour affiner le corps par la purification est au premier plan. Mais la désintégration de l’ordre et le flou poissonnier ne sont jamais loin. Alix déclare : « À première vue, cela semble être une performance de virilité extrême, mais en réalité, ces hommes sont à moitié nus sur scène, portant des sous-vêtements dorés. Visuellement, cela est lié au stéréotype de la pin-up ou du strip-tease, qui est un cliché féminin. » Les codes habituels de signification attribués aux expressions extrêmes de la forme masculine s’effondrent, et nous tombons dans le plan ouvert des Poissons. Maintenant, la représentation du corps est à portée de main, et des performances plus inspirées du soi deviennent possibles.

L’opposition du micro et du macro, telle qu’expérimentée le long de l’axe Vierge/Poissons, peut être observée à travers la logique du fragment et de l’accumulation dans l’œuvre Orlando (2014). Ici, Alix prend des photos du corps de son amant par un processus élaboré d’application de cire, de rephotographie, de réimpression et de manipulation manuelle de nombreuses prises de vue en objets sculpturaux en papier. Elle empile ensuite ces morceaux plus petits en un tas, créant une grande et étrange installation monumentale. Il y a une tension entre excès et propreté, monumentalité et insignifiance papetière qui me donne de très réelles sensations Vierge/Poissons et me laisse me demander si, entre les mains d’Alix Marie, le corps se fixe jamais vraiment dans une forme ou s’il est toujours, comme l’accent Vierge/Poissons dans son thème, en flux : se pliant entre chair et rêve, examination et abandon, surface et âme.

Mais au-delà de l’axe Vierge/Poissons, une autre configuration puissante pulse à travers le thème d’Alix Marie : Pluton en conjonction avec la Lune en Scorpion en maison 8. Ce trio — Pluton, Lune, Scorpion — résonne avec des thèmes de transformation, de mort, de tabou et de profondeur psychique. Une telle signature indique une âme appelée à évoluer par la confrontation avec ce qui est caché, qu’il s’agisse de traumatismes, de pouvoir ou de vérité. Dans Styx (2021), créé pendant la pandémie, Alix façonne un labyrinthe délicat de cyanotypes de radiographies d’intestins. Un hologramme doré et ailé raconte en boucle un mythe de transformation. Le tractus digestif devient à la fois métaphore et matière : une carte des enfers de la consommation, de la décomposition et du renouveau.

La vision pénétrante des rayons X révèle-t-elle le fonctionnement interne du tractus digestif/les mastications karmiques du bardo de la naissance et de la mort, ou sommes-nous perdus dans le labyrinthe subtil de la promesse illusoire mais insaisissable de la compréhension ? Le titre de l’œuvre, Styx, suggère un processus irréversible de changement plutonien, auquel nous étions certainement confrontés collectivement. La question de savoir pourquoi certains choisissent volontairement de franchir les frontières (psychiques ou matérielles) tandis que d’autres y sont contraints pèse lourd dans l’air.

Étant donné la position de la Lune, la figure maternelle est essentielle ici. En astrologie, la Lune est associée à nos premiers soignants et aux schémas de soutien émotionnel. Avec la Lune d’Alix Marie en conjonction avec Pluton en Scorpion en maison 8, l’artiste est bien consciente du potentiel engloutissant de la « Mère ». La « Mère » — donneuse de subsistance et de lait de vie, celle qui peut offrir sécurité et miroir psychologique, mais qui peut aussi tout retirer en un instant, d’un simple hochement de tête réprobateur, ou pire, d’un effondrement physiologique ou matériel propre…

Cette présence maternelle à la fois stratifiée et souvent paradoxale trouve une expression élégante dans Maman (2019). L’installation invite les spectateurs dans une enceinte intime, presque utérine, formée de drapés suspendus et moelleux. Imprimés à l’intérieur du tissu se trouvent des images des seins nus de la mère de l’artiste — icônes de nourriture, d’exposition et d’héritage. En enfermant le spectateur dans cette architecture douce de chair et de soin, Maman met en scène une confrontation viscérale avec les dynamiques primales de dépendance, d’intimité et de vulnérabilité. L’œuvre honore le maternel à la fois comme sanctuaire et site d’enchevêtrement psychique, écho à la signature Lune-Pluton qui pulse à travers le thème et la pratique d’Alix Marie.

Et voici que le symbole de la mère, vivant et présent, apparaît dans le dernier corpus d’Alix Marie — Ana / Ada (2025), qui sera exposé dans deux lieux respectifs des villes d’Ankara et d’Izmir en Turquie. Répondant au contexte historique et matériel des expositions, l’artiste s’engage avec la symbolique des kilims anatoliens — textiles tissés à plat connus pour leur iconographie complexe. Les histoires de femmes, si souvent tissées dans ces textiles, émergent à nouveau, recadrées et rechargées dans les installations céramiques et photographiques d’Alix Marie.

Une praxis constante de recherche matérielle et historique spécifique au contexte traverse le travail de l’artiste ; où le contenu historique devient une matière à façonner, et où les matériaux locaux sont réintégrés dans les courants de l’histoire. Les échos d’images passées traversent souvent les strates du temps, resurgissant comme des mythes et des figures d’une autre époque. Alix Marie a Saturne en conjonction avec Neptune dans sa maison de carrière et de contribution publique. Saturne représente le temps, la tradition et l’histoire. Neptune gouverne le royaume des images, du fantasme et des complexes subtils liés à notre aspiration à l’utopie. Avec ces archétypes se mêlant et forgeant une collaboration active, je prédis que les admirateurs du travail d’Alix Marie peuvent s’attendre à davantage de contributions culturelles de la part de l’artiste, puisant dans des imageries historiques cachées et mystérieuses — des imageries qui nous poussent à rêver mieux et avec une imagination amplifiée, pour nous-mêmes et les uns pour les autres, avec plus de maîtrise et de virtuosité, s’il vous plaît !

Pour conclure cette brève incursion dans le travail d’Alix Marie à travers son thème astral, je tiens à exprimer mon appréciation et mon respect pour l’élégance inhérente à la production créative de l’artiste, particulièrement évidente dans Ana / Ada (2025). Alix Marie a Vénus, la planète de la beauté et de l’esthétique, en Balance, signe qu’elle régit, et en aspect harmonieux avec son Nœud Nord. L’impératif karmiques dans ce thème est d’affronter les dynamiques plus lourdes du thème par les subtilités de l’équilibre, de l’harmonie et de la beauté, et heureusement, nous pouvons tous profiter des fruits de ce labeur !

Florence Deveureux - 2025