Alix Marie

Louisiane Confidential, Chambre 36

La chambre d’hôtel appartient aussi à un imaginaire vaudevillesque, mélange de licence et de commodité: ce sont les passes, les 5 à 7 et les passions brûlantes façon Annie Ernaux. Dans Hôtel Casanova, elle décrit crûment son aventure avec P. évoquant les cheveux, les poils et le sperme, le pendant physiologique de ce qui reste lové dans les draps après le départ des amants. C’est ce genre de détails pour le moins triviaux qui a inspiré à Alix Marie une pièce spécifique pour la 36. Dans sa pratique qui mêle sculpture et photographie, Alix Marie façonne l’image et pousse ses limites formelles, elle n’est pas abordée comme un matériau figé, mais comme pâte malléable avec laquelle elle forme des objets. C’est une boîte insolite intitulée Encore (en référence à More, le film de Barbet Schroeder dont les scènes parisiennes furent tournées dans la chambre) qu’elle dépose sur le lit, invitant le regardeur à plonger dans les lignes abstraites de corps nus et poilus. On ne sait à qui elles appartiennent, ces lignes qui forment un paysage singulier, dermique. Un ami, un amant? Un quelqu’un que la photographe connaît de près, c’est sûr. “J’aime voir dans la photo un moyen d’embaumer les êtres chers” confie-t-elle. Pour embaumer un corps, il faut le remplir de substances qui permettent de le conserver. Drôle de métaphore, mais peut être pas si éloignée du processus en cours dans la pulsion érotique qui traverse la vie. Les corps s’unissent et se remplissent puis se détachent et se transforment en un souvenir qui bien souvent est une image aplatie dans un téléphone. Lorsqu’on s’approche de la boîte, on s'aperçoit que la lumière qui en émane change d’intensité au rythme de la respiration et dégage quelque chose d'éminemment charnel, vivant. Avec ce dispositif Alix Marie nous met face à un drôle de fétiche, lumineux objet de désir, qui ne cache rien mais ne révèle pas tout.

Léo De Boisgisson

Texte écrit à l'occasion de Room Service, 2023. Prenant pour point de départ une réflexion sur les différentes pratiques de la création photographique contemporaine d’une part, et le lieu mythique que représente l’hôtel La Louisiane d’autre part, PhotoSaintGermain a proposé à une dizaine d’artistes d’investir une chambre d’hôtel pendant quatre jours. Dans la continuité de l’énergie créatrice qui émane de La Louisiane, connue pour sa tradition d’accueil des artistes depuis les années 1930, le festival présente chaque année depuis 2022 une intrication de plusieurs curations liées à l’image et son utilisation entre performance, exposition, et publication.