Alix Marie

<em>Shredded</em> (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
Shredded (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
<em>The more he starts to bring that water out the better he has a tendency to appear</em> (2019) dans <em>Shredded</em> (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
The more he starts to bring that water out the better he has a tendency to appear (2019) dans Shredded (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
<em>Olympians (</em>2019) dans <em>Shredded</em> (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
Olympians (2019) dans Shredded (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
The more he starts to bring that water out the better he has a tendency to appear (2019) dans <em>Shredded</em> (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick
The more he starts to bring that water out the better he has a tendency to appear (2019) dans Shredded (2019), exposition personnelle, Roman Road, Londres, Royaume-Uni, 2019, Crédit Photo: Ollie Hammick

Alix Marie's Shredded article par Hannah Abel-Hirsch pour le British Journal Of Photography 9/05/2019

Qu’ont en commun le culturisme et la photographie ? Alix Marie établit un parallèle entre les deux pour explorer les constructions de genre et leur incidence sur le corps.

En 1900, Eugen Sandow, “le père du culturisme”, a été photographié par Étienne-Jules Marey. Marey, scientifique français, physiologiste et pionnier de la photographie, a inventé la chronophotographie: une méthode d’analyse du mouvement à travers des images photographiées à grande vitesse (pensez au cheval au galop suspendu dans les airs d’Edweard Muybridge). Avec son physique sculpté et musclé, Sandow était le modèle idéal pour Marey afin d’étudier le mouvement humain. « Grâce à mes recherches, j’ai découvert ce lien entre le culturisme et la photographie », explique l’artiste Alix Marie, à la veille de l’ouverture de son exposition personnelle à Londres. Shredded, qui comprend des photographies et des oeuvres multidimensionnelles, s’inspire de l’esthétique du culturisme pour explorer les conceptions du corps et du genre.

Ce lien n’est qu’un des nombreux parallèles entre le culturisme et la pratique artistique de Alix Marie, qui ont renforcé son intérêt pour le sujet. L’artiste se spécialise dans le mélange de la photographie, de la sculpture et de l’installation pour créer des oeuvres qui interrogent les notions de genre et de corps. Après avoir étudié les beaux-arts au Central St Martins College de Londres, avec un accent particulier sur la sculpture, elle a obtenu un master en photographie au Royal College of Art de Londres. « J’ai séparé la photographie et la sculpture jusqu’à ce que je trouve un moyen de les combiner », expliquet- elle. « La pratique de la photographie peut être très clinique ; elle ne me convenait pas en tant que sculptrice désordonnée. Mais c’était en quelque sorte mon obsession : trouver comment donner un corps à ce médium. »

Alix Marie a commencé à conceptualiser la photographie comme une peau enveloppant le corps sculptural, une analogie qui s’étend au culturisme. « Les culturistes se considèrent comme à la fois des sculptures et des sculpteurs », explique-t-elle, « ... et la peau est le costume qu’ils portent ». Dans le culturisme, l’accent est mis sur l’esthétique. Cette activité se distingue des concours d’hommes forts ou de l’haltérophilie, où la force est primordiale. « Ce qui m’intéressait particulièrement dans le culturisme masculin, c’était l’effondrement des stéréotypes de genres », explique Marie. « À première vue, cela semble être une démonstration de virilité extrême, mais en réalité, ces hommes sont à moitié nus sur scène, vêtus de sous-vêtements clinquants. Visuellement, cela renvoie donc au stéréotype de la pin-up ou du strip-tease, qui sont des clichés féminins. »

L’une des oeuvres exposées, It’s like somebody blowing air into your muscle (C’est comme si quelqu’un soufflait de l’air dans vos muscles), 2019, composée de ventilateurs qui gonflent des tissus imprimés représentant des parties de corps de culturistes, s’inspire d’une citation d’Arnold Schwarzenegger tirée du film Pumping Iron de 1977. Pour Marie, elle résume la performance de la virilité chez les culturistes. « Schwarzenegger dit : « La meilleure sensation que vous pouvez avoir dans une salle de sport, ou la plus grande satisfaction que vous pouvez obtenir dans une salle de sport, c’est le pump... C’est comme si j’avais l’impression de jouir à la salle de sport. J’ai l’impression de jouir en en coulisses quand je me gonfle, quand je pose devant 5 000 personnes. J’ai la même sensation. Alors je jouis jour et nuit. C’est génial, non ? » raconte-t-il. « C’était tout simplement parfait comme représentation du cliché de la virilité ».

L’idée d’Olympians, 2019 – la deuxième série, qui sera également publiée sous forme de livre par Morel Books – est née lorsque Alix Marie a feuilleté un magazine porno suédois que lui avait donné un ami. Cette publication était vendue au Japon dans les années 1970 : « La censure était très stricte, alors ils masquaient tous les organes génitaux avec un marqueur. » Elle a appliqué cette technique à l’édition de magazines de culturisme. « Je voulais voir à quoi cela ressemblerait, explique-t-elle, mais j’ai fini par faire le contraire. Au lieu d’effacer le corps, j’ai supprimé le reste. » Pendant un an, elle s’est acharnée à sculpter les contours saillants et veineux des physiques des culturistes, à la manière d’un sculpteur. « J’en suis maintenant à 150 », dit-elle. « Cela prend beaucoup de temps, car il ne s’agit pas d’une seule couche de marqueur, mais d’environ six. » La répétition fait également écho à la nature cyclique des régimes des culturistes : « Il y a des périodes où ils suivent un régime et deviennent très minces, et d’autres où ils mangent énormément. Il y a aussi des périodes où, avant un spectacle, ils se déshydratent pour améliorer la définition de leurs muscles. »

Les régimes rigoureux auxquels se soumettent les culturistes sont également évoqués dans la troisième oeuvre de l’exposition, intitulée The more he starts to bring that water out the better he has a tendency to appear (Plus il commence à évacuer l’ eau, plus il a tendance à apparaître), 2019. L’oeuvre se compose d’images de torses musclés imprimées sur les couvercles de boîtes en plexiglas remplies d’eau. Celles-ci sont exposées sur des supports métalliques et chacune est éclairée par un projecteur. « Je les appelle les boîtes à sueur », explique Alix Marie. La châleur produite par les spots fait évaporer l’eau, recouvrant la surface de chaque impression d’une couche ressemblant à de la sueur. L’oeuvre fait également référence à la pratique de la photographie analogique, au processus de développement des images dans des bains chimiques.

Les sons caractéristiques d’une salle de sport imprègnent l’espace de la galerie, baigné d’une lumière tamisée, créant ainsi une expérience immersive. À travers une expérience multidimensionnelle, Alix Marie brise les clichés associés au culturisme et nous encourage à réfléchir plus largement aux stéréotypes qui façonnent notre compréhension du corps. « Mon travail est réussi lorsqu’il provoque une expérience physique ou viscérale chez quelqu’un », explique-t-elle. « Je suis habituée à susciter des réactions un peu vives. Si les gens prennent un peu plus conscience de leur propre corps, alors j’ai fait mon travail. »